Dispositif Passerelle : Un accompagnement dans l’âge adulte plus doux

Préparer l’entrée dans l’âge adulte des jeunes avec un parcours en protection de l’enfance : voilà la mission remplie par le dispositif Passerelle, en pleine croissance depuis deux ans. Trois services (Appartements Jeunes Majeurs, Foyer Semi Autonomie et Equipe Insertion) agissent pour une transition plus en douceur des jeunes de 16 à 21 ans.

 

Initialement, Passerelle, c’était ça : des Appartements pour Jeunes Majeurs (AJM) sur la Côtière. Mais le service s’est transformé en dispositif. Ouverture d’une Equipe Insertion et d’un Foyer Semi Autonomie en 2 ans. Après un premier logement à Ambérieu, d’autres sont arrivés dans ce secteur où les besoins sont nombreux. Désormais, le dispositif Passerelle a pris ses quartiers sur la commune d’Ambérieu en Bugey. il ne reste qu’un appartement à Montluel et un à Saint-Maurice-de-Beynost.  « Le service n’est pas là pour extraire le jeune de son milieu. On doit mettre toutes les chances de son côté », insiste François Exposito, chef de service. « Il faut prendre en compte l’environnement dans sa globalité : la famille, le réseau, le projet professionnel… », complète Cécile Diestro, CESF.

 

Un parcours vers l’autonomie

Les Appartements Jeunes Majeurs, se sont huit appartements pour des jeunes entre 18 et 21 ans, sous contrat avec le Conseil Départemental. Notre priorité est que le jeune s’approprie son logement. Pour certains, le passage d’une vie en collectivité à la liberté et la solitude d’un appartement peut être difficile à gérer. « Sur le service AJM, la donne de la prise en charge s’inverse. En MECS, l’éducateur sollicite le jeune. Ici c’est le contraire », décrit François Exposito.

Outre l’entrée dans le logement, le suivi individualisé démarre par la découverte de l’environnement, l’ouverture des droits avant d’entrer dans le projet professionnel ou de formation. Une attention est aussi portée au soin, la gestion budgétaire et administrative. « On avance par étapes et la fréquence varie selon l’autonomie. Les rendez-vous peuvent se faire à domicile, sur le service ou à l’extérieur. Nous organisons des temps collectifs comme des ateliers cuisine », explique Cécile Diestro.

Le Foyer Semi Autonomie : l’antichambre de l’autonomie

C’est pour anticiper la transition vers l’autonomie et la sortie qu’a été développé le Foyer Semi-Autonomie. Ce sont 3 logements 5 jeunes (bientôt 6) âgés de 16 à 18 ans depuis le 1er décembre 2022. Tous ont un projet scolaire ou professionnel en tête. L’équipe œuvre pour faciliter l’avenir en travaillant sur le logement, les courses, la cuisine ou encore la gestion de la solitude. Une attention particulière est portée au budget afin de préparer le futur.

Si le Foyer Semi-Autonomie. reste un foyer avec ses règles et la présence continue d’éducateurs, les jeunes ont moins de barrières. Ils peuvent ainsi inviter des amis, leurs familles… « Ça leur a permis de gagner en liberté, de se créer un réseau à Ambérieu, de les ramener dans une forme de normalité », pense François Exposito. « Certains jeunes ont dit que pour la première fois, ils se sentaient chez eux », ajoute Claire Lagrange, éducatrice spécialisée. Les logements ont été conçus pour que les jeunes se sentent bien et ils ont reçu 100 euros pour décorer à leur goût.

Du côté des professionnels, le fonctionnement du Foyer Semi-Autonomie a demandé un ajustement. Avec 5 jeunes pour 2 éducateurs attitrés, ils ont plus de temps pour les accompagnements, mais ont dû apprendre à être plus souples, à laisser les jeunes expérimenter. « Les appartements ne sont pas toujours impeccables, mais les éducateurs ne seraient pas dans leur rôle si c’était le cas ! Il faut pouvoir tolérer 1, 2 jours avant d’intervenir », décrit François Exposito. Une relation de confiance s’est créée, renforcée par la stabilité de l’équipe. « Les jeunes apprécient qu’on s’adresse à eux comme des adultes. »

 Équipe insertion : un appui extérieur précieux

L’équipe trouve son origine dans la stratégie de lutte contre la pauvreté qui prévoit d’agir contre les sorties sèches de l’ASE à 18 ans. Or, des actions devaient être mises en œuvre avant fin 2021. C’est pourquoi les PEP 01 ont proposé de démarrer l’équipe insertion en novembre de cette année. Elle s’adresse aux jeunes avec une problématique de décrochage scolaire ou d’insertion sociale. Ils sont orientés par le travailleur social chargé de la mesure, d’un placement ou d’une Action Educative en Milieu Ouvert (AEMO) , s’il est en difficulté face à ce sujet.

Cinq jeunes de 16 à 18 ans peuvent être accompagnés entre 6 mois et 1 an. « Au départ, ils viennent, on discute, on leur présente le dispositif, nos façons de faire. On leur montre qu’ils ne retrouveront pas ici ce qu’ils ont quitté ou ce qui leur fait peur », résume Amandine Raulin, éducatrice. « On prend le jeune tel qu’il est et on n’intervient pas sur le placement. Il peut déposer des choses. On va l’orienter et alerter si c’est quelque chose de grave » poursuit Delphine Briquet, monitrice-éducatrice.

Un projet construit avec le jeune et sa famille définit les besoins et cible tous les freins à l’insertion. Par exemple, avec un jeune impulsif, des activités pour le canaliser pourront être proposées en préambule. L’approche est très individuelle. « On a du temps. On peut passer 9 à 16 heures avec le jeune. Ça n’a pas de prix, ça l’aide à raccrocher. » Cette façon de faire facilite l’instauration de la confiance. « On est attendus par tous : les familles qui voient que le jeune sort de son lit et les MECS qui n’ont pas le temps  de travailler leur insertion », complète Amandine Raulin. Un lien hebdomadaire est maintenu entre toutes les parties prenantes pour que l’information sur la progression du jeune circule.

Après deux ans, les résultats sont positifs. Seuls 2 des 14 jeunes ont terminé leur accompagnement sans solution et les interventions de l’équipe ont évité des placements en institution en apaisant des situations tendues au domicile.

 

Une dynamique de dispositif

Les trois services ne fonctionnent pas en vase clos. Des temps collectifs informels et des soirées ludiques ont été organisés (sortie au restaurant, au cinéma…) en mêlant les trois publics. Les bureaux du dispositif sont devenus un repère où les jeunes peuvent se retrouver pour discuter ou utiliser les ordinateurs hors de la prise en charge. « Il y a du « compagnonnage » dans le dispositif », estime Élisabeth Pothier, responsable de territoire. « Quelque chose passe de jeune à jeune. Ils se servent de l’expérience des autres. »

 

 

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